Devant la fontaine
jeudi 28 avril 2005 à 15:23

Me voilà devant la fontaine Saint Michel, lieu de rendez-vous original s'il en est, avec un quart d'heure d'avance. Sous un ciel dégagé aux airs de début d'été, je balaye consciencieusement la place d'un ample regard circulaire : on ne sait jamais Victor sera peut-être en avance. Les gens devant la fontaine sont tous en train d'attendre, le plus souvent avec un téléphone cellulaire à la main qu'ils regardent machinalement plusieurs fois par minute. Quand ils ne regardent pas leur portable ils scrutent la foule à la recherche de celui ou celle qui est responsable de leur attente. Vu de loin ça donne un troupeau de gens assez stressés qui regardent dans tous les sens sans vraiment rien regarder, c'est exquis.

J'initiative d'occuper mon temps en descendant à l'étage papeterie de Gibert Jeune. J'ai besoin d'acheter un agenda pour ne pas me mélanger dans mes nombreux rendez-vous et autres réunions, mais je suis vite remis à ma place précaire de non-étudiant plus si jeune que ça : que ferai-je d'un agenda qui commence en septembre 2005 ? De toute façon le haut-parleur annonce la fermeture du magasin.

Je retraverse la place, interceptant les regards pleins d'espoir des attendeurs, aussitôt déçus que je ne sois pas leur messie — mais néanmoins transfigurés par mon charme — et j'arrive devant le distributeur de billets BNP. Je dégaine ma carte bancaire, tente en vain de l'inserer dans la fente prévue à cet effet. Diantre, que se passe-t-il ? me dis-je en moi-même. L'écran de la machine affiche alors N'oubliez pas de récupérer votre carte et régurgite soudainement une CB. OOOh ! Je me retourne, la personne qui me précédait a déjà filé. La banque est déjà fermée... Cette situation réjouirait les plus malhonnêtes d'entre vous (non non pas toi bien sûr, les autres) mais est quelque peu embarrassante pour une âme pure et chaste (le chaste est ici superflu, mais ça va de paire)comme la mienne. Je regarde ma montre, mon quart d'heure d'avance vient de toucher à sa fin ; c'est fou tout ce qu'il peut se passer en un quart d'heure parfois.

Le lendemain (aujourd'hui en fait) je cherche dans les pages blanches le numero de la pauvre blonde qui a oublié sa carte. Je trouve.

— Bonjour Madame, je vous appelle pour vous prévenir que j'ai trouvé votre carte bancaire hier au distributeur de la fontaine Saint Michel.
— Non, je ne comprends pas.
— Ah ? Vous n'avez pas pris de l'argent hier soir au distributeur ?

J'entends des bruits de fouillage de sac à main qui se concluent par une suite de gloussements, puis de remerciements confus. Bref — bravo si vous avez tenu jusqu'ici — je lui remets sa carte en main propre ce soir.

12 commentaires
1
sos flatteur
jeudi 28 avril 2005 à 19:30
Eh oui, Cailus est parfait, comme Nemours à la cour... une aimable tournure, un regard séducteur, un bel esprit et un jugement fin ; enfin, il est honnête, et prévenant... Quelle grandeur, quel amour
2
Nico
jeudi 28 avril 2005 à 21:49
Avec Arthur, laissez le charme agir... et ce soir il a un rdv galant, mais chaste, avec une blonde... Tout ça pour ça !!!
3
Nico, encore...
jeudi 28 avril 2005 à 21:55
Vous venez de lire un blog du futur, avec des pubs même pas subliminales... N'oubliez pas de faire un tour chez Gibert Jeune, et d'ouvrir un compte à la BNP... Ça rapporte combien au webmaster ? Ça m'intéresse beaucoup !!!
4
edeion-rabat-joie
vendredi 29 avril 2005 à 00:33
D'un point de vue sécuritaire, rien ne garantit absolument que la blonde... la dame (pardon) en question soit bien le propriétaire de la carte bleue que tu as trouvée. Autrement dit, en cas d'erreur, tu serais coupable de recel. Et le groupement bancaire des cartes bleues, qui ne manque pas une occasion pour en[radical au choix]er le monde ne se priverait pas de t'en blâmer. D'un point de vue humain, je trouve cette histoire adorable. Les circonstances sont assez convaincantes quant à l'honnêteté de la blondinette. Et c'est ravissant que des liens passagers puissent ainsi se créer à Paris comme s'il était de cette ville immense comme d'un petit village provincial. Question subsidiaire : ta débitrice t'a-t-elle présenté son fils ?
5
Lofox
(URL)
vendredi 29 avril 2005 à 00:57
Tu lui as rendu sa carte vêtu de ton masque de justicier avec la panoplie qui va avec : collant et body moulant le service "3 pièces", ta cape volant au vent ... ?
6
alex
vendredi 29 avril 2005 à 01:55
et le RDV avec Victor alors ?????
7
Nico
vendredi 29 avril 2005 à 02:40
Elle était brune...
8
edeion
vendredi 29 avril 2005 à 12:58
Mais non, Nico, tu n'as pas compris : la couleur des cheveux de la dame, au fond, quelle importance ? Ce qui compte, c'est de savoir si son fils était un blondinet.
9
caiLus
vendredi 29 avril 2005 à 13:09
Je n'ai pas vu son fils, je ne lui ai même pas demandé si elle en avait un. J'étais un peu en retard pour 'livrer le colis' et nous n'avons pas pris le temps de faire connaissance vu que j'avais une course à faire juste après. C'était une brune d'une beauté fatale, je lui ai rendu sa précieuse carte de plastique tout en dégustant ces remerciements, et une minute après j'étais reparti avec comme seule récompense l'autosatisfaction d'avoir bien agi.
10
Nico
vendredi 29 avril 2005 à 13:22
C'est l'effet charismatique, je me doutais bien que cela te guérirait un peu
11
Plantex
vendredi 29 avril 2005 à 15:42
Boudiou que ça dégouline. SVP, ceux qui ont l'occasion de passer par chez moi, ne commentez jamais de la sorte... ça me foutrait les boules !
12
Ex plante
dimanche 1 mai 2005 à 13:39
il a sans doute raison, on ne commentera point : les sapins de Noël ne sont plus de saison
Laisser un commentaire
ContentTristeetsirTJoyeuxLangue tiréeSceptiqueContent (alt)LarmesNa !Clin d'œilClin d'œil, langue tiréeGênéConfusAmoureuxGros yeuxArc-en-cielCœur